La France, plus grande utilisatrice d’animaux pour des expérimentations de l’UE

Posté le par Caroline Caulier

Un nouveau rapport du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace montre qu’en 2024, des animaux ont été utilisés pour plus de deux millions de procédures en France. Cela place la France à la tête du classement des pays expérimentant le plus sur des animaux dans l’UE.

De nombreux animaux élevés, tués ou utilisés pour des parties de leur corps ne sont pas pris en compte pour ces statistiques. Ils passent toute leur vie en captivité au sein de groupes sociaux loin de la structure qu’ils auraient dans la nature, et sans pouvoir adopter la totalité de leurs comportements habituels, tels que creuser, grimper ou chercher de la nourriture. Un stress chronique pousse souvent les souris, les singes, les lapins et les autres animaux dans les laboratoires à adopter des comportements stéréotypés (répétitifs et sans but) : ils s’automutilent, tournent en rond, creusent dans des coins et font des saltos arrière.

Chiffres-clés

Si la France reste le plus grand utilisateur d’animaux de l’Union européenne, certaines évolutions laissent entrevoir une baisse encourageante :

  • l’utilisation de souris pour la production d’anticorps par ascite (une procédure qui cause une grande souffrance) a diminué de 32 % ;
  • le pourcentage d’animaux utilisés pour des procédures lourdes (les plus douloureuses) a chuté de 16 % ;
  • les tests simples, appliqués et réglementaires ont baissé de 8 %.

Ces développement représentent un véritable progrès, mais davantage d’améliorations sont nécessaires. L’utilisation de souris pour la production d’anticorps par ascite a peut-être décliné, mais certains pays (comme la grande Bretagne) ont tout bonnement cessé d’utiliser des animaux dans ce but. Un autre exemple est l’utilisation d’animaux pour des tests réglementaires, qui pourrait être remplacée par des méthodes déjà approuvées et n’impliquant pas d’animaux.

Le remplacement des animaux par des méthodes approuvées n’impliquant pas d’animaux recommandé

Les agences de régulation exigent souvent des informations montrant si un produit chimique pourrait avoir des effets néfastes sur la santé humaine ou l’environnement avant que celui-ci soit importé ou vendu. Historiquement, ces informations provenaient de tests réalisés sur des animaux. Leur fiabilité, leur efficacité et leur pertinence sont cependant contestables. Partout dans le monde, des scientifiques et régulateurs à la pointe du progrès mettent donc en œuvre des méthodes innovantes n’impliquant pas d’animaux, et qui permettent d’obtenir des résultats à la fois plus fiables et plus rapides. La France a désormais l’opportunité de mettre fin à de nombreux tests sur les animaux qui pourraient être évités, et dont voici quelques exemples.

Corrosion et irritation de la peau : 1 473 tests utilisent des lapins, des hamsters et des rats (une augmentation de 7 % par rapport à 2023)

Pour tester d’éventuelles lésions cutanées, les expérimentateurs rasent des patch de fourrure du dos d’animaux (souvent des lapins) et appliquent le produit chimique directement sur leur peau, le laissant poser plusieurs heures. Les animaux peuvent souffrir de gonflements, d’ulcères et de saignements, et leur administrer des antidouleurs n’est pas obligatoire. Ces tests produisent des résultats très inégaux et ne permettent pas d’anticiper efficacement la réaction de la peau humaine.

Par chance, plusieurs méthodes approuvées de tests n’utilisant pas d’animaux (mais plutôt des cellules cutanées humaines ou des matières d’origine humaine) permettent déjà de prédire les réactions cutanées des humains avec plus de précision, réduisant le nombre d’animaux utilisés dans certaines régions de manière drastique.

Il est essentiel que la France remplace ces tests sur les animaux par des outils éthiques et modernes.

Corrosion et irritation des yeux : 60 tests utilisent des lapins (une baisse de 14 % par rapport à 2023)

En France, le tristement célèbre test d’irritation oculaire de Draize est toujours utilisé pour prédire si une substance endommagera l’œil humain. Les expérimentateurs placent les lapins dans des dispositifs de contention afin de les empêcher de bouger et de s’essuyer les yeux, puis ils leur appliquent la substance directement dans les yeux. Les techniciens évaluent ensuite les dommages de manière subjective. Cela inclut des rougeurs, des gonflements, des ulcères, des saignements, des yeux laiteux, voire une cécité. Sans surprise, les résultats varient considérablement d’un laboratoire à l’autre et ne reflètent pas l’anatomie ou la physiologie humaines.

En parallèle, de nombreuses méthodes validées de tests n’utilisant pas d’animaux (mais plutôt des cellules cutanées humaines ou des matières d’origine humaine) ont été approuvées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une alliance de pays qui promeut une uniformité internationale en matière d’essais, d’étiquetage et de réglementation des produits chimiques.

Sensibilisation cutanée : 10 155 tests utilisent des souris et des cochons d’Inde (une baisse de 23 % par rapport à 2023)

Les tests de sensibilisation cutanée visent à vérifier si un produit chimique peut provoquer une réaction allergique après des contacts répétés avec la peau.

Pour l’un de ces tests, les expérimentateurs injectent un produit chimique à des cochons d’Inde à de multiples reprises et surveillent l’apparition de signes de réaction allergique douloureuse, notamment des démangeaisons, des inflammations ou des ulcères cutanés.

Pour un autre test, un produit chimique est appliqué sur les oreilles de souris, qui sont ensuite tuées afin que les expérimentateurs puissent examiner leurs ganglions lymphatiques à la recherche de signes indiquant que l’organisme a réagi à la substance.

En 2021, l’OCDE a approuvé une approche totalement exempte d’expérimentation animale pour les tests de sensibilisation cutanée, combinant plusieurs méthodes modernes aussi prédictives des réactions humaines – voire plus – que les tests sur les animaux.

La France doit exiger que ces méthodes plus éthiques soient utilisées au lieu de faire souffrir cochons d’Inde et souris.

Pyrogénicité : 4 706 tests utilisent des lapins (une baisse de 9 % par rapport à 2023)

Les pyrogènes sont des substances qui peuvent provoquer de la fièvre et des réaction dangereuses dans l’organisme. Les produits médicaux doivent être testés avant d’être commercialisés.

Un exemple courant consiste à ce que les expérimentateurs immobilisent des lapins et leur injectent la substance testée, tout en vérifiant leur température pour voir si leur corps réagit. Les lapins souffrent de fièvre, de problèmes respiratoires, de défaillance des organes, et en meurent parfois même. Ce test n’a jamais été formellement validé afin de vérifier s’il reflète la réaction du corps humain.

Les méthodes modernes utilisent désormais des globules humains provenant de dons ou un composé synthétique pour détecter les pyrogènes. Plus précises que les méthodes utilisant des animaux, elles ont été ajoutées aux listes de tests approuvés et recommandés  d’autorités de régulation.

La France doit cesser d’autoriser l’utilisation de lapins lors des tests de pyrogénicité.

La France doit agir maintenant pour mettre fin à l’expérimentation animale

Nous appelons le gouvernement à mettre en application les recommandations de la Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques de toute urgence afin d’établir un plan ambitieux avec des objectifs et étapes concrètes pour mettre progressivement fin à l’expérimentation animale. Le Research Modernisation Deal (ou Accord de modernisation de la recherche) de PETA démontre exactement comment atteindre cet objectif.

 



Leave a Comment